Le bon outil n'était pas celui que l'on imaginait.
Une demande peut sembler parfaitement formulée et pourtant masquer un problème différent.
La situation
L'entreprise avait choisi Hyros pour mesurer et analyser avec précision le parcours de ses prospects et la performance de ses campagnes marketing. Son choix était aussi fortement influencé par les entrepreneurs américains dont le dirigeant suivait les méthodes : plusieurs utilisaient Hyros, ce qui renforçait sa conviction d'avoir choisi « le meilleur outil du monde ». Pour lui, cette technologie devait naturellement contribuer à accélérer la croissance de son chiffre d'affaires. Le coût mensuel élevé de la plateforme semblait donc justifié par les performances qu'il en attendait. Avec le recul, une question devenait pourtant essentielle : l'entreprise exploitait-elle réellement les capacités de l'outil à la hauteur de ce qu'elle payait ?
La demande initiale
Le client nous a demandé d'intégrer davantage les fonctionnalités de Hyros à son système informatique, afin d'exploiter plus largement les capacités de la plateforme et d'améliorer son potentiel. L'objectif était de faire remonter davantage de données, d'automatiser certaines actions et de mieux exploiter les informations produites par Hyros, avec l'idée de rentabiliser un abonnement particulièrement coûteux.
Le vrai problème
En échangeant avec le dirigeant, ses collaborateurs et les équipes qui l'accompagnaient, nous avons constaté que l'entreprise n'avait pas encore atteint le niveau de maturité où l'enrichissement du tracking constituait sa priorité. Les capacités supplémentaires de Hyros ne représentaient qu'une fraction des gains qu'elle pouvait encore obtenir ailleurs. Une partie importante des prospects se perdait en amont, notamment à travers une chaîne YouTube peu performante. Le système informatique reposait sur plusieurs outils parfois obsolètes et mal interconnectés, générant des frictions qui auraient davantage justifié la mise en place d'un ERP. L'organisation RH présentait également des problèmes d'adéquation entre les personnes, leurs fonctions et les responsabilités critiques. À cela s'ajoutait un fonctionnement permanent dans l'urgence : les productions étaient souvent finalisées trop tard pour être testées correctement avant leur mise en ligne. Enfin, le dirigeant consacrait encore une part importante de son temps à des tâches opérationnelles qui pouvaient être déléguées, au détriment de son rôle de CEO.
Dans ce contexte, ajouter de nouvelles fonctionnalités à Hyros répondait à une demande réelle, mais ne constituait pas la réponse prioritaire aux besoins de l'entreprise.
La décision
Nous avons proposé de revenir au besoin réel de l'entreprise avant de chercher à enrichir davantage Hyros. Nous devions d'abord comprendre ce qui se passait réellement sur les différents canaux d'acquisition et sur le site, avec les moyens les plus simples et les plus maîtrisables possibles.
La première étape consistait à développer un outil interne capable de collecter les visites et les conversions à partir des logs Apache et des paramètres présents dans les URL. L'objectif était d'obtenir une vision fiable des parcours, des taux de conversion des pages d'opt-in, des tunnels et de la collecte du consentement.
Cette première approche devait ensuite pouvoir évoluer vers une utilisation complémentaire de Matomo, puis vers des analyses plus avancées lorsque les besoins réels de l'entreprise le justifieraient. L'idée était volontairement progressive : commencer par le besoin le plus simple, mesurer ce qui se passe réellement, puis augmenter les capacités du système au rythme de l'entreprise.
Le client souhaitait néanmoins continuer à faire remonter ces données dans Hyros. Nous avons donc mis en place des automatisations sur une instance n8n auto-hébergée afin de transmettre les conversions à Hyros ainsi qu'aux plateformes Google et META.
Le projet global n'a pas pu être mené jusqu'à son terme pour des raisons indépendantes de notre intervention. Il a cependant permis d'observer le trafic réel et de confirmer un point déterminant : l'utilisation de Hyros soulevait un problème majeur de conformité RGPD.
L'analyse a notamment montré qu'une faible proportion des visiteurs acceptait l'utilisation de leurs données personnelles. Nous avons alors proposé une nouvelle stratégie : revoir les pages d'opt-in afin de mieux respecter les exigences de consentement tout en recherchant une amélioration du taux d'acceptation.
Le client craignait qu'une approche plus rigoureuse fasse diminuer les conversions. Plutôt que de chercher à le convaincre, nous avons mis en place un test A/B opposant sa version initiale à la version modifiée. Après plusieurs mois d'observation, la version modifiée obtenait de meilleurs taux de transformation et un taux d'acceptation sensiblement supérieur.
La réalisation
Nous avons commencé par construire un outil interne simple, dédié à la collecte des visites et des conversions à partir des logs Apache et des paramètres présents dans les URL. Cette approche permettait d'observer directement les parcours des visiteurs et les performances réelles des pages d'opt-in et des tunnels.
En parallèle, des automatisations ont été développées sur une instance n8n auto-hébergée afin de faire circuler les données de conversion entre les différents outils utilisés par l'entreprise, notamment Hyros, Google Ads et META.
Le dispositif a ensuite permis de comparer deux versions des pages d'opt-in dans le cadre d'un test A/B : la version initiale du client et une version conçue pour améliorer à la fois la conformité du recueil du consentement et la transformation des visiteurs.
L'ensemble a été construit de manière progressive, avec une priorité donnée à l'observation des données réelles avant l'ajout de fonctionnalités plus complexes.
Le résultat
Le premier résultat a été de déplacer le centre de gravité du problème. L'analyse a montré que l'enrichissement du tracking de Hyros ne constituait pas, à ce moment-là, le principal levier de progression pour l'entreprise. D'autres sujets — acquisition, organisation, outils internes, ressources humaines et disponibilité du dirigeant — offraient un potentiel d'amélioration bien plus important.
Cette conclusion a également confirmé une conviction essentielle : le besoin réel d'une entreprise peut être très différent de la demande formulée initialement. Le travail d'analyse consiste précisément à identifier cette différence avant d'investir davantage dans une solution.
Le test A/B mené ensuite sur les pages d'opt-in a apporté une démonstration concrète. La version modifiée présentait de meilleurs taux de transformation et un taux d'acceptation du consentement sensiblement supérieur à celui de la version initiale. Une approche plus rigoureuse sur le plan du consentement n'avait donc pas conduit à la perte de performance redoutée par le client.
Ce que cette expérience m'a appris
La confiance.
Un client vient chercher une compétence qu'il ne possède pas. Il doit pouvoir expliquer son besoin, poser ses questions et conserver sa capacité de décision. Mais, pour tirer pleinement parti d'un accompagnement, il doit également accepter que l'analyse puisse conduire à une réponse différente de celle qu'il imaginait au départ.
Chez NOLEAN, cette confiance est essentielle. Elle nous permet de dire ce que nous pensons réellement, y compris lorsque notre conclusion remet en question la demande initiale. Notre responsabilité consiste ensuite à expliquer notre raisonnement, à mesurer les hypothèses lorsque cela est possible et à donner au client les éléments nécessaires pour décider en connaissance de cause.
Note de contexte :
Projet réalisé avant la création de NOLEAN, dans le cadre du parcours professionnel du fondateur. Les informations permettant d'identifier l'organisation concernée sont volontairement omises.